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Pedro Vianna, avec Éric Meyleuc absent-présent, propose
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après le séisme il errait dans les rues comme il errait dans la vie
il allait il venait sans jamais trop savoir pourquoi
il allait il venait en sachant qu’il cherchait quelque chose qu’il ne savait pas préciser
il errait en vain en quête des points de repère qu’il avait égarés au cours des errements de ses errances
dehors autour tout était comme avant mais en lui quelque chose s’était brisé et dedans autour de son environnement intérieur tout semblait malgré tout comme avant
sous ses yeux ou dans sa tête qu’en savait-il au juste défilaient les mêmes horreurs les mêmes flots de sang innocent et de sang coupable les même rires insouciants ou sarcastiques c’était selon
selon le point-de-vue ou le point de vue selon la durée de la vie selon la durée de la mort selon l’étendue de la vue
les mêmes fleuves d’argent matériel ou virtuel qu’importe coulant toujours dans le même sens le sens forcément insensé de ceux qui en ont déjà trop
il errait parmi les cadavres vivants qui vaquaient à leurs inactivités habituelles à la recherche d’une tombe à ciel ouvert protégée des intempéries par les ailes des grands seigneurs pourvue de tout confort en vue d’une vie sans souci à l’abri de tout remords
il errait au-delà des nuits ensanglantées envahies par des flots de mensonges déversés depuis les donjons d’acier tremblotant sur leurs bases asismiques trempées dans la sueur d’autrui durcies par la chaleur de leurs morts de travail volé de labeur acharnée
il errait dans le silence parfait des portes blindées des fenêtres bouclées des sinistres histoires bâclées
il errait au gré des errements de sa vie de ceux de la vie de celles et ceux qui dirigeaient la sienne
il errait parmi ses errements parmi les errements d’autrui parmi les autruis de ses errements
la rage au cœur il errait au cœur de l’orage
il errait et il s’interrogeait
il s’interrogeait sur les vérités du mensonge les subtilités de la vérité les fausses impressions les histoires contées à moitié les bruits entendus à travers des fenêtres mal fermées le souvenir des grèves qui ne se faisaient plus
il errait il s’interrogeait et il pleurait sur les larmes qu’il ne parvenait plus à pleurer les mots qu’il ne pouvait plus prononcer les silences qu’il était seul à garder les secrets que jamais il ne pourrait dévoiler les quelques moments dont il n’avait jamais joui les rares histoires qu’il n’avait jamais vécues les vécus que jamais il n’avait pu achever
il errait sur la seule voie qui lui permettrait peut-être de se retrouver avant de crever
pedro vianna Paris, 5.VI.2024 in Errements
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